Portraits de candidat(e)s

Un billet d’humeur pour Réponses Photo

Comme beaucoup d’entre vous, je viens de recevoir les professions de foi des candidats au premier tour de l’élection présidentielle.

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Première constatation – puisque je ne vais évidemment parler que des photos qui y figurent – seuls deux candidats ont crédité leur portrait. La photo d’Eva Joly a été faite par Xavier Cantat, qui se trouve être le compagnon de Cécile Duflot et le frère de Bertrand Cantat (et qui avait écrit un très bon bouquin sur « l’affaire » concernant son frère). Ca n’a rien à voir, mais ça donne une tonalité « people » qui manque énormément à Réponses Photo. Philippe Poutou a, quant à lui, puisé dans la Photothèque Rouge (alimentée par les photographes du NPA) et a choisi une photo de JMB (je n’ai pas réussi à trouver qui se cache derrière ces initiales). Ne poussons pas trop vite des cris d’orfraie. Je comprends que les photographes ne désirent pas se mouiller et être associés à un courant politique : j’ai eu, il y a quelques années, à photographier un des candidats qui se présente aujourd’hui à la présidentielle (pour des élections municipales à l’époque) et je n’ai pas demandé à ce que mon nom soit mentionné sous la photo. On peut considérer qu’il s’agit d’un sujet sensible et que ça fait donc partie du secret professionnel ! Il n’y a que la photo officielle du président, une fois élu, dont la filiation mérite d’être assumée (financièrement, je veux dire).
Bon, passons à la forme… et surtout au fond. On commence par les « fonds bleu ». C’est la majorité (cinq candidats sur dix). C’est reposant et ça inspire confiance. Classique : le fond est légèrement dégradé, uni ou représente un ciel, comme pour un vulgaire packshot. Pour la plupart, le portrait qui s’en détache est une photo de studio. Il suffit de regarder le reflet dans les yeux : c’est boite à lumière rectangulaire ou bol beauté pour tout le monde ! Gare, toutefois, au détourage quand le fond a ensuite été rajouté au portrait : pour Marine Le Pen, c’est découpé à la hache – j’allais dire à la francisque — tandis que pour François Bayrou, c’est une espèce de dégradé-flou artistique bien trop prononcé, avec un zeste d’aberration chromatique cyan sur la veste. Notons au passage le rendu désastreux des tons chair de son visage et, surtout, que c’est le seul, avec Nicolas Sarkozy, à ne pas avoir un « regard caméra », mais les yeux tournés vers la droite. Au choix, c’est un regard fuyant ou tourné vers l’avenir (ou la page qu’il faut tourner, au propre comme au figuré). Deux autres candidats se sont essayés au fond uni : Jean-Luc Mélenchon (sur fond rouge uniforme, sans dégradé, détourage à la faucille émoussée). On note au passage que le point a été fait sur la cravate, le visage n’étant pas super piqué. Nathalie Arthaud a, elle, choisi le détourage flou avec, ici, une aberration chromatique magenta. Pas de fond. Pour les autres, les portraits se veulent des photos en situation. Chez Jacques Cheminade, le fond (une sorte d’usine) est trop présent, il aurait fallu utiliser une plus grande ouverture et le bokeh n’est pas très harmonieux. Chez Philippe Poutou, même constat mais, en plus, un étrange triangle orange – présent à l’arrière-plan — lui sort de l’oreille. Ca donne un étrange côté « Télétubbies » au personnage. Enfin la photo d’Eva Joly, même si, évidemment, elle rassemble tous les codes de la photo publicitaire pour lunetiers, est la seule qui joue sur la profondeur de champ et qui ose un cadrage serré. Un peu comme celle qui sert à illustrer les tests de 85 mm f:1,4.
Bref, pour cette élection, une fois de plus, les portraitistes ne sont pas à la fête.