About Claude Tauleigne, photographer

Les photographes commencent toujours leur présentation par « J’ai commencé ma carrière (sic) avec un Instamatic qu’on m’a offert le jour de mes 10 ans. Depuis cette passion ne m’a jamais quitté ! ». Ou d’autres branlettes de ce style. Ben, moi, j’ai commencé avec un cadeau Bonux en plastoc bleu – que j’utilisais à l’envers et qui puait le pétrole. Faut dire que j’étais blond à l’époque. Je le suis plus, du moins capillairement. Et je le prouve avec cette série d’autoportraits forcément narcissiques. Et tu te dis, en gros, que j’expose des selfies à la con pour satisfaire mon égo tout en donnant d’écoeurantes leçons de modestie ? Et que ça frise l’obscènitude ? Je vais te répondre très simplement : si tu n’as jamais refait le monde avec moi un soir de cuite, tu regardes pas ces photos et tu quittes immédiatement cette page : je sais où habite ta famille.


about stuff– Alors, tu sauves quoi, si ton taudis crame ? m’a-t-elle demandé en allumant sa clope. Elle a cru me piéger mais j’avais déjà fait mon sac en prévision de la fin du monde en 2012. Dans ce sac, y’avait mon Leica M4 avec son Summicron 35 (pré-asphérique, made in Leitz Canada), l’édition originale de l’Herbe Rouge de Vian (chez Toutain), un stylographe Parker, le Chamelot-Delvigne 1874 dont j’ai hérité, le collier de perles de ma grand-mère, une boussole au verre pété, ma montre Omega, une vieille cassette des Clash (Combat Rock) et mon couteau suisse qui partage le pain et tire-bouchonne depuis plus de 20 ans. Oui, je sais, tout cela est très matérialiste et indécrottablement nostalgique. Mais c’est ça, la photo, n’écoute pas ceux qui parlent d’art avec une voix monochorde.
– Et tes photos, fit-elle comme par défi, tu les sauves pas ?
– Tu vois, avec ces neufs antiquités, je les reconstitue toutes dans ma tête alors ça me suffit, fis-je simplement.

Non mais elle croyait quoi, cette connasse ? Que je faisais des photos pour la postérité ?


Bon, en gros, puisque c’est surtout comme ça qu’on me connaît, je suis pigiste au magazine Réponses Photo. Auparavant, j’ai navigué dans pas mal de revues aujourd’hui défuntes : Phot’Argus (devenu Photo Argus lors d’une crise d’imagination aigüe…), Photo Plus, Photo et Vidéo Numérique, Micro Hebdo… Et puis aussi Science & Vie, L’Usine Nouvelle, L’Humanité, Mikado, Aviation civile, Entre Voisins, Réseaux… Complètement incohérent. J’ai aussi mis des photos et des textes dans des bouquins, d’abord pour les Editions VM. Après avoir constaté que je ferais mieux (techniquement, éthiquement et financièrement parlant – du moins avant procès) tout seul, j’ai monté une boîte d’édition Bichromia avec mon pote Raoul. J’y ai publié une vingtaine de livres et puis ça m’a gavé alors j’ai arrêté. Quelques couvertures :